Cheveux chéris, expo capillaire et cérébrale

Qui dit rentrée, dit nouvelles expositions. Cette saison, le musée du quai Branly nous réserve à travers Cheveux chéris, frivolités et trophées, une approche inouïe de la chevelure. Pourquoi inouïe ? Parce que la chevelure, sensuelle, marqueur social, est soit montrée comme une parure ou soit reflet d’une convention (nouée, tressée, en chignon, défaite, cachée, voilée). Pourtant, elle évolue au fil des modes, marque les rites de passages au féminin comme au masculin, les normes et l’Histoire. Mais surtout, parce qu’au-delà d’une apparente superficialité, le sujet de l’exposition nous emmène vers une dimension sacrée, bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Brigitte Bardot, Alain Delon, 1958, Lévin Sam. Crédit : © Médiathèque du Patrimoine

Séduction et féminité

Cheveux chéris n’est pas sans rappeler l’exposition Brune Blonde de la Cinémathèque à l’automne 2010. Le cinéma et les actrices charismatiques (Brigitte Bardot, Ava Gardner, etc.) constituent d’ailleurs un pan contemporain de l’exposition.

 Danse du scalp, installation d'Annette Messager 2012

La Danse du scalp © Annette Messager – Adagp, Paris, 2012

L’intérêt majeur qui fait la richesse de Cheveux chéris, c’est la sélection et la diversité des 280 œuvres présentées : photographies, sculptures, toiles, médaillons, films, ornements, coiffes… L’art contemporain est présent, même si l’on peut regretter que l’installation d’Annette Messager, la Danse du scalp soit reléguée au fond de la première salle, quasi anecdotique. Car l’œuvre d’Annette Messager est une des clés de l’exposition et cristallise ce que la chevelure (féminine) a d’universel :

« La chevelure est par essence le symbole de la féminité (…). Cachée ou mise en valeur, elle est ce bien précieux qu’on ôte à la femme pour la punir et rendre la sentence publique. Elle est message de violence dans son absence, subie ou volontaire, des femmes rasées à la Libération aux punks londoniennes ou berlinoises… Toujours, elle est affirmation de soi, telle une signature. (…) À une échelle universelle, la chevelure est aussi souvenir ou trophée : les mèches de cheveux coupées à un enfant, ou à un mort, vestiges du passé ; preuve de la victoire, le scalp est porté comme une décoration chez nombre de peuples (des Amérindiens à Inglorious Basterds de Quentin Tarantino). (…) »
Commentaire de la Danse du scalp : © Mac Val.

Frivolités et trophées : Eros et Thanatos ?

Tête humaine réduite, tsantsa, Amazonie exposé au musée du quai Branly

Tête humaine réduite © musée du quai Branly, photo Claude Germain

La scénographie de l’exposition, quant à elle, rend justice au sujet en tirant parti des contraintes spatiales. La grande salle baignée de lumière présente les œuvres liées à la séduction et l’apparat de la coiffure à travers différentes époques et cultures :

  • les bustes de nobles (Louis XIV, la Comtesse de Provence coiffée à la Marie-Antoinette suivant la mode du XVIIIe),
  • le romantisme des jeunes femmes rousses à l’instar de la Liseuse (1883) de Jean-Jacques Henner,
  • ou encore les cheveux ébouriffés et détressés d’une veuve malgache (suivant la tradition, elle devait s’enlaidir pour vivre son deuil), photographie de Maurice Teissonnière, fin XIXe.

Puis un couloir, tel un rite de passage, aborde la perte (cheveux coupés ou rasés) avant de nous emmener vers un univers tribal. Cette dimension anthropologique rompt avec les repères occidentaux. S’il n’est plus seulement question de séduction, c’est davantage de pouvoir qu’il s’agit. Les cheveux viennent parer les ornements, bijoux ou coiffes. On se réapproprie ceux des ennemis vaincus en leur conférant une dimension mystique.

Ainsi, les scalps côtoient les têtes-trophées, comme les têtes réduites Tsantsa dont la chevelure sacrée est magnifiquement conservée (photo). Les cheveux incarnent à juste titre le dernier lien entre notre monde et celui de l’au-delà, entre les vivants et leurs ancêtres.

Le musée du quai Branly fait dialoguer les cultures selon sa devise. Pour le clin d’œil, je dirais aussi qu’il a le bon goût ne pas faire appel au mécénat d’un géant de la cosmétique. Une exposition foisonnante qui vous emmène loin et que je vous recommande chaudement !

Exposition Cheveux chéris

Affiche de l'exposition Cheveux Chéris, frivolités et trophéesCommissaire : Yves Le Fur
Scénographe : Gaëlle Seltzer
Musée du quai Branly 37, quai Branly, Paris 7e
Du 18 septembre 2012 au 14 juillet 2013

Jours et horaires d’ouverture :
● mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h
● jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h.

M. B.

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4 thoughts on “Cheveux chéris, expo capillaire et cérébrale

  1. [...] cette rubrique je vous parlerai aussi de nourritures célestes, par exemple : les quatre meilleures expos parisiennes. À suivre [...]

  2. [...] décoratifs dévoilent cet automne Van Cleef & Arpels, l’art de la haute joaillerie, une exposition, hommage au patrimoine de la première maison de joaillerie qui s’installa Place Vendôme en [...]

  3. […] si vous ne l’avez toujours pas vue : Cheveux chéris, frivolités et trophées au musée du quai Branly est visible jusqu’au 14 juillet […]

  4. […] rondeur rassurante de Pumpkin signé Yayoi Kusama, l’intimité collective des Vœux d’Annette Messager, les néons aux affirmations péremptoires ou ironiques, la poésie de la peinture et ses couleurs […]

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