L’amour, pas la guerre

Avec les yeux

La guerre est declarée, Valérie DonzelliIl est des films dont on sait d’emblée qu’on les aimera, beaucoup. La Guerre est déclarée est de ceux-là. Annoncé comme le film événement de la rentrée, le deuxième long de Valérie Donzelli – découverte six ans plus tôt en tant qu’actrice dans Clara Sheller – s’inscrit dans la continuité de la La Reine des pommes, son premier film sorti en 2010. Guerre oblige, la réalisatrice en délaisse donc les ressorts comiques – qui côtoyaient le burlesque avec finesse et fantaisie – pour ne garder qu’un attachement à la légèreté, comme une affirmation de la vie.

La guerre est déclarée

Pour ce deuxième long métrage, la réalisatrice a travaillé avec Jérémie Elkaïm, co-scénariste, comédien, héros de la Reine des pommes et accessoirement, son ex-compagnon. La Guerre est déclarée est l’histoire du couple qu’ils incarnent à l’écran, formé par les bien-nommés Roméo et Juliette, et de la tempête qu’ils traversent, la maladie de leur fils de 18 mois, Adam. Les références shakespearienne et biblique s’arrêtent là, quoique le film tende vers l’universel.

La Guerre est déclarée

« Roméo et Juliette sont deux jeunes amoureux insouciants, pas du tout préparés à la guerre » (Valérie Donzelli)

Sujet à la fois dur et délicat à traiter : la maladie d’un enfant, atteint d’une tumeur cancéreuse au cerveau, le film évite l’écueil du pathos. Sa force réside en ce qu’il extrait une matière cinématographique de la cruauté de la vie, car il s’agit bien de cinéma, de création. Le film est là pour relire, au prisme de l’art, une histoire déchirante, celle qu’a vécu le couple Donzelli-Elkaïm. En effet, le cinéma doit transcender le réel, la douleur, la maladie et c’est le miracle qu’accomplit La Guerre est déclarée.

« Le cinéma, c’est reproduire le réel et c’est un jeu. Tout est fabriqué, rien n’est vrai, mais il y a une volonté de vérité, de réalisme. » (Valérie Donzelli)

Plutôt que de s’appesantir sur son destin, le couple décide de ne plus faire qu’un pour l’affronter : en refusant de se blottir au creux du malheur, il fait le choix de « vivre au jour le jour et non comme si c’était le dernier ».
Au fur et à mesure, le récit se recentre sur ce couple fusionnel et sa stratégie caractérisée par la volonté de se protéger l’un l’autre, opposant aux parasites de l’angoisse et de la finitude, un insatiable instinct de vie. Le combat est dur, difficile et contrairement aux contes de fée, les épreuves ne laissent les personnages indemnes.

« Ils étaient détruits mais solides. »

Valérie Donzelli Jérémie Elkaïm, La Guerre est déclarée
Il y a cette expression de la fin du film « détruits mais solides » pour résumer la transformation des personnages, leur « après ». S’ils parviennent toujours à croire au bonheur, ils semblent avoir perdu leur insouciance.

Empreint d’émotion, le film reste cependant minimaliste, tourné avec un appareil photo Canon en décors et lumière naturels. Une absence d’artifice qui n’empêche pas la poésie et l’émotion de poindre, délivrées par le regard de la réalisatrice. L’histoire est assurément bouleversante, mais surtout, elle délivre une vision assez singulière, voire inédite, de la maladie et de nos angoisses modernes. En définitive, n’oublions pas que le cinéma participe de cette cristallisation : on peut traverser de grands malheurs et se sentir toujours vivant.

Crédits :
La Guerre est déclarée
Un film de Valérie Donzelli
Avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm.
Sortie : 31 août 2011.
Distribution : Wild Bunch Distribution.

M. B.

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