Fleurs fraîches, Untitled, 11 June 2009, iPhone drawing by David Hockney

De l’art sur mon iPad ?

Avec les yeux, High tech

Okay, les geeks ont pris le pouvoir sur la mode. Mais les artistes de la vieille école, eux aussi, sont en passe de virer de bord. Les smartphones et tablettes n’ont pas seulement modifié nos usages du web, ils donnent aussi naissance à de nouvelles formes artistiques : les œuvres se digitalisent sans pour autant éclipser « l’art » dont elles découlent, peinture ou photographie. Certains artistes s’y essaient comme à un exercice de style.

Panorama vs Fleurs fraîches

Si Gerhard Richter (80 ans), dont la rétrospective Panorama s’est tenue en 2013 au Centre Pompidou, avoue rester fidèle à son art, la peinture, et dit ne pas être tenté par la vidéo ou la photo, en early adopter, l’Anglais David Hockney (75 ans) n’a pas hésité à utiliser l’iPhone dès 2009 puis l’iPad pour produire des œuvres d’art numériques.

« Beaucoup de gens estiment que d’autres techniques sont plus séduisantes : mettez un écran dans un musée, et plus personne ne regarde les tableaux. Mais ma profession, c’est la peinture. C’est ce qui m’a depuis toujours le plus intéressé. J’ai maintenant atteint un certain âge et je viens d’une tradition différente. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Je reste cependant persuadé que la peinture fait partie des aptitudes humaines les plus fondamentales, comme la danse ou le chant, qui ont un sens, qui demeurent en nous, comme quelque chose d’humain. »

Gerhard Richter, 2011

C’est ainsi que l’exposition Fleurs fraîches a vu le jour à l’automne 2010 à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent à Paris. L’anecdote veut que David Hockney ait d’abord envoyé des tableaux numériques par e-mail à ses amis. Une forme de « peinture digitale », un art qui aurait troqué la matière pour l’écran, une nouvelle façon de s’incarner.

Impression, Dominique Issermann

Dominique Issermann

Dominique Issermann – Impression, film réalisé à l’aide d’un iPhone pendant l’impression du livre

Un autre exemple me vient à l’esprit. Au cours de la visite de l’exposition Dominique Issermann, Lætitia Casta à la Maison Européenne de la photographie, on pouvait découvrir les clichés argentiques des nus de Laetitia Casta en lumière naturelle dans les Thermes de Vals et un film, Impression, réalisé par la photographe grâce à un iPhone. À l’écran, des rotatives en pleine action, celles-là mêmes qui impriment les pages du livre de l’exposition. Le résultat est saisissant : certaines images frôlent l’abstraction, le film hypnotique est une œuvre en soi qui raconte l’aboutissement d’un processus à la fois créatif et mécanique. La lumière est caractéristique de l’artiste. Dominique Issermann filme des machines et pourtant l’émotion affleure…

À la lecture de ces deux exemples, on peut se demander s’il est possible de parler de « digitalisation » des créations artistiques. Ce à quoi, je répondrais de façon scolaire que la création prend une forme « digitale » (du latin, digit « doigt ») en ce que l’artiste peut exercer son art du bout des doigts et aussi à travers un média dit « digital », « qui utilise un système d’informations, de mesures à caractère numérique ».

Le plus frappant étant sans doute que l’écran tient un rôle de choix dans la médiation de l’art, même si ce n’est pas nouveau…

M. B.

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