Les ravissements du Japon au musée Cernuschi

Avec les yeux

Grues, exposition Le Japon au fil des saisons, musée Cernuschi

Grues, Suzuki Kiitsu, paravents.
Harvard Art Museums
Promised gift of Robert S. and Betsy G. Feinberg

Quoi de mieux qu’une toute dernière journée d’été indien pour découvrir les ravissements du Japon ? C’est ce que j’ai fait dimanche pour me rendre au musée Cernuschi. Niché à l’Est du Parc Monceau, il présente les collections des arts d’Asie de la ville de Paris et, cet automne, une exposition dédiée à la représentation picturale de la nature telle que le Japon la concevait aux XVIIIe et XIXe siècles. Toutes les œuvres exposées sont issues de la collection Robert et Betsy Feinberg.

La culture japonaise se fonde sur le rythme des saisons, thème essentiel, voire sacré, qui lui vient de la religion et de la littérature, avant de devenir un motif pictural et graphique à part entière : « peinture des saisons » (shiki-e). C’est une approche manifeste à travers les haïkus – qui ont fortement influencé Philippe Jaccottet.

La Nature, loin de tout angélisme

Dans la nature, on loue la fugacité, l’éphémère beauté, mais c’est aussi la violence et la mort qui sont en jeu, loin de tout angélisme.

« La fin du printemps –
hésistantes les dernières
fleurs de cerisier »

Buson, Haïkus (XVIIIe siècle)

Les plus belles saisons – et sans doute les plus célébrées – sont le printemps et l’automne, saisons tempérées.
Pour rappel au Japon, la floraison des cerisiers est un moment phare, quasi religieux, celui de l’hanami où l’on s’adonne à la contemplation des sakuras en fleurs, une tradition qui remonte au XVIe siècle. Les fleurs, mais aussi l’érable et son feuillage rouge, le bambou, les oiseaux sont omniprésents. Le Mont Fuji est devenu très tôt un emblème à l’image de la « peinture de sites célèbres » (meisho-e).

Dans l’art graphique japonais, la calligraphie n’est jamais bien loin, l’influence de la Chine non plus, en témoignent les peintures à l’encre monochrome, œuvres du courant Nanga.

« Le mont s’assombrit
éteignant le vermillon
des feuilles d’érables »

Buson, Haïkus

Pédagogique, l’exposition dresse un glossaire des techniques et des supports (médiums : sumi, nikawa, senryō, gofun, kinpaku, kindei-gindei ; supports : hyôgu, makimono, byōbu ; les techniques stylistiques : katabokashi, mokkotsuga, shunbō, tarashikomi).

J’ai été frappée par la beauté, le raffinement dépouillé et l’immédiateté des motifs picturaux. L’absence de perspective n’est pas étrangère à ce dernier effet. D’ailleurs, ces caractéristiques esthétiques sont également celles du haïku, forme brève et fulgurante (d’où la mise en regard des haïkus de Buson contemporains et des oeuvres picturales proposée par mes soins).
Pourtant, les images du XIXe siècle s’occidentalisent, donnant lieu à des visions moins abstraites, plus détaillées voire photographiques. On le doit à la restauration impériale de Meiji (1868), à la réouverture du Japon vers l’extérieur, mais aussi à la formation de certains peintres qui ont découvert la technique de l’aquarelle en France et en Europe.

M. B.

Exposition Le Japon au fil des saisons

Le Japon au fil des saisons

Du 19 septembre 2014 au 11 janvier 2015
Commissariat : Christine Shimizu, conservateur général et directrice du musée Cernuschi
Musée Cernuschi
7, avenue Vélasquez
Paris, 8e

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