Jeff Koons, Balloon Dog, 1994 - 2000

Rétrospective Jeff Koons : l’art à tous les rayons

Avec les yeux, City Guide

Jeff Koons, artiste subversif qu’on ne présente plus, est à l’honneur au Centre Pompidou dans une rétrospective comptant une centaine d’œuvres.
De Jeff Koons, je connaissais comme tout le monde : des prix records sur le marché de l’art contemporain, le tollé provoqué par l’exposition de ses sculptures sous les ors de Versailles en 2008, ses célèbres puppies ou encore le Homard gonflable et quelques huiles sur toile découverts à la Serpentine Gallery à Londres à l’été 2009 (que j’avais tôt fait de prendre pour des sérigraphies tant la technique semblait maîtrisée…). J’avais bien évidemment des a priori sur son univers gonflé et coloré, que cette rétro est l’occasion de dépasser.

Un univers qui tient du supermarché


Provocation en guise de captatio benevolentiae, l’exposition s’ouvre sur les Inflatables, la toute première série réalisée par l’artiste, composée notamment de fleurs gonflables disposées sur des miroirs. Avec ces readymades aux couleurs flashy, jouets cheap glanés dans les boutiques de l’East Village, à Manhattan, Jeff Koons se place dans la lignée de Marcel Duchamp. Un procédé qu’il reprend dans la série suivante The New, où les sculptures composées d’aspirateurs Hoover placés sur des néons ou structures en Plexiglas, sont à l’image de de la société de consommation et de l’hédonisme du modèle américain.

Chronologique, l’exposition déroule les grandes thématiques de l’œuvre de l’artiste, profondément ancrée dans la culture américaine et populaire. Sa force est celle de représenter avec une apparente naïveté, de s’approprier les emblèmes, les formes et personnages de la pop culture (Michael Jackson, M. Jordan, Nike, Hulk, Popeye, etc.). En plus d’être immédiate, elle pousse à s’interroger sur la culture de masse.

Quant aux œuvres plus récentes, leurs surfaces lisses, polies, rutilantes et réfléchissantes deviennent miroir de leurs spectateurs, miroir dans lesquels ils s’immortalisent smartphone à la main. Miroir de soi, d’une société narcissique où l’on capture tous les instants, le Balloon Dog, point d’orgue de l’exposition, trône majestueux et monumental.
Mais chez Jeff Koons, l’œuvre subit un travestissement, elle imite une forme, une matière, une qualité qui n’est a priori pas naturellement la sienne mais dont elle a la vraisemblance : l’acier devient miroir, l’aluminum, vinyl, le collage, peinture, et ce, à la perfection.

 


Fin communicant dans la promotion de son travail, Jeff Koons n’hésite pas non plus à scénariser sa vie privée comme dans Made In Heaven, série pornographique où il prend la pose avec celle qui fut un temps son épouse, l’Italienne Ilona Staller, alias La Ciccolina… comme dans un film pour adultes. C’est que Jeff Koons va très loin : reprenant l’univers coloré et sensuel de la Cicciolina, il met en scène et littéralement à nu leur couple. Devant ces toiles gigantesques et les sculptures érotiques qui firent scandale, on s’interroge, ne serait-ce pas plutôt un couple d’acteurs où l’artiste veut se donner le beau rôle ?

La chronologie des séries met en évidence la cohérence et la densité de son œuvre. L’habileté de la scénographie rend palpable cette cohérence et accompagne le cheminement du visiteur dans des espaces vastes et ouverts, à l’exception de la salle pornographique, interdite aux mineurs.


Mais si Jeff Koons est subversif c’est aussi dans les effets de saturation : des œuvres trop gonflées et parfaitement lisses ne risquent-elle pas d’exploser dans le monde réel ? Quant à la couleur omniprésente, saturée, toujours dans l’excès jusqu’à l’écœurement, ne traduit-elle pas un optimisme inquiétant voire une injonction ?
L’artiste sous couvert d’effets d’éclat interroge en creux le vide de la société. Plutôt que de le dénoncer ouvertement, il semble s’en amuser, comme si son rôle se cantonnait à créer des œuvres décoratives ou remplies d’air qu’on viendrait admirer.

M. B.

Centre Georges Pompidou
JEFF KOONS, LA RÉTROSPECTIVE
26 nov 2014 / 27 avr 2015

Adresse : Place Georges-Pompidou, Paris 4e

Exposition ouverte de 11h à 21h
tous les jours, sauf le mardi
Nocturnes exceptionnelles
les jeudis, vendredis et samedis jusqu’a 23h.

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