Jean Paul Gaultier par Jean-Paul Goude

Jean Paul Gaultier : réjouissances au Grand Palais

La mode, la mode, la mode

La rétrospective Jean Paul Gaultier fait une halte à Paris au Grand Palais, après Montréal, San Francisco, Dallas, Madrid, New York, Melbourne et j’en passe. Assurément, c’est l’expo mode la plus réjouissante du moment !

Né à Arcueil en 1952, Jean Paul Gaultier fut très tôt inspiré par le film de Jacques Becker, Falbalas (1944). Celui qui débuta sa carrière chez Pierre Cardin, avant de se lancer dans le prêt-à-porter en 1976, dévoile son univers unique, joyeux et créatif dans une exposition à son image.

Parmi les emblématiques de Jean Paul Gaultier, on retrouve le corset, la marinière ou le style punk omniprésents et la provocation essentielle au questionnement du beau.

« Une exposition de mode ? Bien davantage, c’est l’imaginaire d’un artiste – même s’il se défend d’en être un (…) »
Nathalie Bondil, directrice et conservateur en chef, Musée des beaux-arts de Montréal

Dans une scénographie époustouflante, conçue par l’agence parisienne Projectiles et adaptée au Grand Palais par Sandra Gagné du Musée des beaux-arts de Montréal, oscillant entre ambiance feutrée, fashion show voire peep-show, cette rétrospective s’anime autour de ses créations, inspirations et muses.

A lire également : Jean Paul Gaultier travaille.

L’enfant terrible de la mode

Jean Paul Gaultier par Jean-Paul Goude

Jean-Paul Goude, Jean Paul Gaultier, Made in Mode, © Jean-Paul Goude

Jean Paul Gaultier, l’enfant terrible de la mode, propose un regard impertinent sur la mode et dénoué de jugement sur le beau. D’abord avec le prêt-à-porter, il renverse le système de valeurs faisant porter les dessous dessus (ses emblématiques corsets), ou créant une robe en sac poubelle, parce que le beau ici est l’effet de la lumière sur la matière, si prosaïque soit-elle. Une créativité iconoclaste qui déjoue le bon goût – y compris en se lançant dans la haute couture en 1997 -, où le métissage est essentiel, où le punk rencontre la poésie du tulle, où la marinière devient robe du soir. Même les hommes portent la jupe ou le corset, ce qui m’évoque un aphorisme de Nietzsche : « Désapprendre nos antinomies voilà notre tâche. »1

« Rockeuse de diamant » © Swarovski

Jean Paul Gaultier, collection Haute Couture Printemps / été 2014
« Rockeuse de diamant »
© Swarovski

Dans cette esthétique transgressive et transgenre, Jean Paul Gaultier fait défiler toutes les beautés sur le catwalk, de la chanteuse et artiste islandaise Björk aux stars de la télé réalité, en passant par Rossy de Palma, Beth Ditto, ou Conchita Wurst sans a priori.

Une scénographie captivante

J’en reviens à l’exposition et sa mise en scène troublante, dès la salle l’Odyssée, où les mannequins, créatures marines ou icônes sacrées aux visages animés, s’expriment. Parmi eux, un mannequin à l’effigie de Jean Paul Gaultier captive les spectateurs.

Puis viennent les punks et un show digne d’une fashion week où les automates défilent sur un catwalk commentés par la voix de Catherine Deneuve, une forme d’hommage aux maisons de couture parisiennes. Arrivent ensuite les muses, de part et d’autre du grand escalier, ces icônes pop vêtues de Jean Paul Gaultier sous l’objectif de Pierre et Gilles : Madonna, Kylie, etc.

L’ultra-féminité célébrée et corsetée

Jean Paul Gaultier, c’est aussi l’ultra-féminité révélée dans un corset, des seins coniques (annoncés dès l’enfance à travers l’ours en peluche Nana). Une pièce de lingerie désuète réinterprétée sous toutes les formes et dans toutes matières : satin, métal doré, blé et tulle…

L’art des métissages

La mise en scène « classé X » se mue en peep show (un procédé déjà utilisé lors de la rétrospective Marc Jacobs pour Louis Vuitton aux Arts décoratifs en 2012), avant d’évoluer en Jungle urbaine pour signifier les métissages créatifs de Gaultier, jusqu’à ceux de la robe de mariée, digne d’un final couture. Une façon de dire que la boucle est bouclée (sous les bigoudis et coiffes signées Odile Gilbert) !

 

M. B.

JEAN PAUL GAULTIER

Pierre et Gilles, Jean Paul Gaultier1ER AVRIL – 3 AOÛT 2015

Exposition initiée et mise en tournée par le Musée des beaux-arts de Montréal (directrice et conservatrice en chef : Nathalie Bondil) commissaire de l’exposition : Thierry-Maxime Loriot

Scénographie originale : Agence Projectiles ;

Adaptation à Paris : Sandra Gagné, Musée des beaux-arts de Montréal ;

Maîtrise d’œuvre : Atelier Jodar Architecture coiffures et perruques : Odile Gilbert, L’Atelier (68), Paris.

Quand ? du mercredi au samedi de 10h à 22h
du dimanche au lundi de 10h à 20h
Où ? Paris 8e, Galeries Nationales du Grand Palais, entrée Clemenceau.
Accès : métro Champs-Elysées Clemenceau.

Nietzsche, La Volonté de puissance I, Tel, Gallimard. Chapitre Premier, aphorisme 9, 1881-82, (XII, 1re partie, §133)

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