Paul Morand, L’allure de Chanel : morceaux choisis

Les mots devant soi

Paul Morand, L'allure de Chanel

Initialement paru en 1976, L’allure de Chanel de Paul Morand est un portrait de Gabrielle Chanel à la première personne, comme si elle se racontait elle-même, mais retranscrit par un de ses amis de la première heure, Paul Morand qu’elle retrouve après quelques revers en 1946, au Palace de Saint-Moritz en Suisse.

C’est une Chanel de légende, plus Gabrielle que Coco, qui vibre sous la plume brillante de Morand, un portrait physique et moral dont il n’est fait mention que des souvenirs les plus glorieux. Chanel revient sur son enfance, les hommes du monde qu’elle a fréquentés (dont Boy Capel qui l’aidera à lancer sa première affaire), son rapport à l’argent (passeport pour la liberté), la solitude, sa dureté et toute la singularité qui a nourri sa couture. Elle dit elle-même qu’elle était la première à porter ce qu’elle créait, tant pour l’esthétique (son but avoué : démoder ce qu’elle avait en horreur) que pour le quotidien d’une femme active, travailleuse, sortant peu. Moderne, Chanel n’en était pas moins conservatrice et misogyne. Quant à son esprit orgueilleux et revanchard, il se révèle incroyablement visionnaire.

M. B.

« L’abrupt caractère de Chanel, le précis de son tour de main ou de ses phrases, le sommaire de ses aphorismes tombés d’un cœur de silex, débité par le torrent d’une bouche d’Euménide, sa façon de se donner et de se reprendre, d’offrir des cadeaux comme des gifles (…) tout en elle remontait du fond de son enfance contrariée (…) »

Paul Morand, L’allure de Chanel, Préface

Paul Morand, L’allure de Chanel : morceaux choisis

Littérature

« Le plus mauvais livre a toujours quelque chose à vous dire ; quelque chose de vrai. Les romans les plus stupides sont des monuments d’expérience humaine. »

« Un intérieur, c’est la projection naturelle d’une âme et Balzac a eu raison d’y attacher autant d’importance qu’à l’habit. »

Publicité et relations publiques avant l’heure

« La poésie couturière donna des cocktails, des bals, des dîners. Le V. P. coula à flots, les fleurs de serre affluèrent, on marchait sur les orchidées.
– Si on ne vend pas après ça ! soupiraient L., ou P., ou W., ou M.
Si on ne vendait pas « après ça », c’est que c’était raté, ou que la crise s’avérait plus forte que la poésie. Car plus les bouchons sautaient et plus la mévente croissait. Le triomphe des bals Poiret eut un lendemain : seize millions de déficit. »

« Je n’ai jamais fait un sou de publicité. »

Chanel et les femmes

« Il y a des femmes intelligentes, mais il n’y a pas de femmes intelligentes chez un couturier. (Ni de femmes morales ; elles vendraient leur âme pour une robe). »

« Elles cachent leurs défauts au lieu de les tenir pour un charme de plus. Il faut savoir jouer, ruser avec ses défauts ; si on sait bien s’en servir, on obtient tout. Il faut cacher ses vertus si on en a, mais qu’on sache qu’elles sont là. Les hommes sont presque tous malhonnêtes ; les femmes le sont toutes. »

« L’âge, c’est le charme d’Adam et la tragédie d’Ève. »

« Une femme = envie + vanité + besoin de bavarder + confusion d’esprit. Ceci dit, j’adore la coquetterie des femmes. Tant d’hommes, tant de pauvres filles, tant d’industries en vivent ! »

Pire que les femmes, le couple

« Le pire c’est le couple.
Ils vous plaisent séparément ; ensemble, ils sont haïssables. Quant à être l’ami des deux, c’est la quadrature du cercle. »

La mode

« Où est alors le génie du couturier ? Le génie, c’est de prévoir. »

« Il faut parler de la mode avec enthousiasme, sans démence ; et surtout, sans poésie, sans littérature. Une robe n’est ni une tragédie, ni un tableau ; c’est une charmante et éphémère créature, non pas une œuvre d’art éternelle. »

« La mode doit mourir et mourir vite, afin que le commerce puisse vivre. »

« La mode doit exprimer le lieu, le moment. C’est ici que l’adage commercial le client a toujours raison prend son sens précis et clair (…) »


« La mode n’est pas un art, c’est un métier. Que l’art se serve de la mode, c’est assez pour la gloire de la mode. »

« Plus la mode est éphémère, plus elle est parfaite. On ne saurait donc trop protéger ce qui est déjà mort. »

« Je n’ai jamais eu une clientèle d’actrices. Pour la mode, les actrices n’ont plus existé après 1914. Avant cela, elles faisaient la mode. »

Les Anglais

« Tous les Anglais sont bien élevés, du moins jusqu’à Calais. »

Paul Morand, L’allure de Chanel, Collection Folio (n° 4896), Gallimard

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