Benjamin Millepied et la Relève de l’opéra

Avec les yeux
Relève

Relève, documentaire signé Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Relève est l’histoire d’une création, celle du ballet de Benjamin Millepied en tant que directeur de la danse à l’opéra de Paris – et non plus, comme lors des saisons précédentes, en tant que chorégraphe invité – et celle d’un documentaire inouï sur la danse et l’opéra national de Paris.

Première constatation : ce film documentaire signé Thierry Demaizière et Alban Teurlai est très beau, quasi cinématographique (edit : sortie en salles le 7 septembre 2016). Sujet et décor sont auréolés du prestige de l’institution plusieurs fois centenaire, filmés sous un angle contemporain – à l’image du ballet qu’il présente, sans pour autant renier ni le classique, ni les pointes.

Relève met l’accent sur la lente mutation de l’institution pétrifiée par l’étiquette. En premier lieu, la spécificité du ballet que Benjamin Millepied crée sous les yeux du spectateur, Clear, Loud, Bright, Forward, est de mettre en lumière le corps du ballet, ces jeunes danseurs dans l’ombre des étoiles qui attendent patiemment leur tour. Entorse à l’ordre établi, Millepied les met en vedette et exige d’eux qu’ils se donnent corps et âme, mais toujours dans la liberté et le plaisir, son leitmotiv.

À travers cette genèse, la caméra effleure (au sens fort : elle est très proche des danseurs) ces corps athlétiques et gracieux, pourtant fragiles, les blessures n’étant pas rares.

Le documentaire relate le travail de création, sa mise en ordre : musique, mouvement, lumières, décor, costumes ; tout en rendant tangibles les sensations, l’émotion procurée par la danse. Il faut dire que les commentaires de Millepied en voix off sont explicites et justes.

Clear, Loud, Bright, Forward, ballet by Benjamin Millepied

Clear, Loud, Bright, Forward by Benjamin Millepied © Ann Ray/OnP

La beauté des images tient autant à la liberté qui émane de la danse qu’à la perfection du mouvement, de ces corps sculptés à la technique presque infaillible. On peut parler de l’intelligence du corps, propre aux danseurs, capables de sentir la justesse d’un mouvement instinctivement.

Toutefois, le documentaire est centré sur le portrait du chorégraphe, une personnalité accessible, cool, détonante dans un univers ankylosé par la tradition : le « paquebot » qu’est l’opéra national de Paris – selon les mots de son propre directeur Stéphane Lissner – d’apparence immuable, pourtant en pleine mutation (qu’il s’agisse des mentalités, de l’image, voire même du digital). Ainsi, voit-on Millepied arpenter les couloirs de Garnier, visionner l’avancée de son travail chorégraphique sur iPhone – outil qu’il ne quitte que pour danser, et encore -, travailler de façon nomade depuis un café ou dans un bistrot typiquement parisien. C’est donc le portrait d’un danseur, chorégraphe, manager de son époque et un documentaire à la gloire du démiurge Millepied venu dépoussiérer les dorures XIXe de l’institution. On regrette néanmoins que le film choisisse ce prisme au détriment d’une vision collective, sans laisser la parole aux danseurs, acteurs de ce projet.

Edit 10/09/2016 : j’ai publié cet article en février dernier dès que j’ai visionné le documentaire sur Canal, trois jours plus tard, Benjamin Millepied annonçait sa démission. Dans sa version dite intégrale sortie en salles le 7 septembre 2016, Relève a subi un nouveau montage.

Ce format plus long semble moins linéaire, moins centré sur Millepied mais essaie au contraire de souligner ses failles, ses réticences face à l’administration et plus généralement au conservatisme de l’établissement. Sa quête vers une modernisation du système, des mentalités semble vaine tout comme sa personnalité, son esprit d’homme de son temps, cool et accessible, paraissent inadaptés face au défi de sa mission.

Néanmoins, ce nouveau montage répond sans doute aux interrogations du public, du moins à celles que le film a éveillé en moi. Ainsi, la parole est davantage laissée aux danseurs (Marion Barbeau, Germain Louvet…), à l’entourage professionnel et artistique du directeur de la danse pour montrer ce travail collectif voire choral.

Relève reste un documentaire magistral sur la danse et pour les amoureux de la danse. Un documentaire presque programmatique puisqu’on y évoque l’émotion de la danse et que cette émotion prend corps avec le film.

M. B.

Relève

Edit : le film documentaire d’Alban Teurlai et Thierry Demaizière sort au cinéma le 7 septembre 2016.

Clear, Loud, Bright, Forward ballet by Benjamin Millepied

Clear, Loud, Bright, Forward by Benjamin Millepied © Ann Ray/OnP

Documentaire de 110 minutes (2015)
Film de Thierry Demaizière et Alban Teurlai, produit par Stéphanie Schorter.

Clear, Loud, Bright, Forward

Chorégraphie : Benjamin Millepied
Musique : Nico Muhly
Création le 25 Septembre 2015

À découvrir également la 3e scène de l’opéra de national de Paris, scène de création digitale.

Publicités

3 réflexions sur “Benjamin Millepied et la Relève de l’opéra

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s