Mode femmes 14/18 à la bibliothèque Forney

Mode & Femmes 14/18, vous avez dit libération de la femme ?

Avec les yeux, City Guide
Gazette du bon ton, 1915

Etienne Drian “En suivant les opérations”, Gazette du bon ton, 1915 © Bibliothèque Forney

En cette semaine de la mode à Paris et à l’approche de la journée internationale des droits de la femme, l’exposition Mode et femmes 14/18 à la bibliothèque Forney à Paris pose, entre autres, deux questions : que dit la mode sur la condition féminine en cette époque de conflit mondial ? La guerre a-t-elle libéré les femmes ?

Les livres d’histoire nous ont vanté le travail des femmes à l’extérieur du foyer, palliant l’absence des hommes mobilisés, comme un moyen d’émancipation, Mode et femmes 14/18 nous rappelle que ce n’est pas tout à fait le cas. Cette exposition rétrospective du vêtement féminin au cours de la première guerre mondiale, dont on fête le centenaire, rappelle que l’Histoire est plus complexe, ambiguë et que les femmes ont subi bien des critiques quant à leur mise (si seulement les choses avaient totalement changé en un siècle… ;-) ).

La guerre est déclarée

Lanvin 1919

Modèle Résurrection, collection Dantes, 1919 © Patrimoine Lanvin

A l’été 1914, lorsque la guerre éclate, les élégantes de la Belle-Époque s’habillent alors chez Worth, Jacques Doucet, Paul Poiret ou Jeanne Lanvin, de vêtements alambiqués, de larges chapeaux et changent de tenue plusieurs fois au cours de la journée. L’industrie textile s’adapte rapidement alors que le conflit s’enclenche. On demande dans un premier temps aux femmes de soutenir l’effort de guerre, en portant une nouvelle mode, en revêtant des attributs patriotiques, des galons. Les vêtements se font plus simples : les chapeaux moins volumineux à l’instar de ceux de Gabrielle Chanel, la jeune modiste qui se lance dans la couture en 1917 ou du chapeau avec cocarde de Mme Georgette (présenté dans l’exposition) qui est alors la modiste la plus reconnue de la place de Paris.

Dès août 1914, aux galeries Lafayette, la vente de vêtements élégants est remplacée par celle des blouses d’infirmière. Mais ce qui fait que la mode change, c’est le travail des femmes. Elles sont chefs de gare, garçons de recette de la compagnie des gaz, cyclistes porteuses de journaux, automobilistes des camions militaires, garde-voie dans les gares parisiennes (sic), elles arborent blouses, brassards et casquettes pour se donner un « statut officiel », doivent parfois bannir les jupons qui se relèvent dangereux dans leurs nouvelles missions. Les uniformes masculins ne sont pas adaptés et la tenue s’achète aux frais de l’employée (et à l’époque, le vêtement est fait pour durer, on ne l’achète pas chez H&M, il n’y a ni petit prix, ni fast fashion, pour être à la mode, les femmes transforment elles-mêmes leurs vêtements, pénurie de tissu oblige.). Finalement, les vêtements protecteurs gratuits leur seront fournis pour leur sécurité. Mais à travail égal, les femmes sont moins bien payées…

Exposition mode femmes 14/18

Uniforme d’ambulancière, première guerre mondiale. Photo : © Francoise Cochennec / Palais Galliera / Roger-Viollet

Si j’avais dû choisir mon métier en fonction de la tenue, j’aurais opté pour la modernité de l’uniforme d’ambulancière (ci-contre) en drap de laine bleu gris muni d’empiècements, d’une ceinture boutonnée et de poches plaquées à rabat.

Un rapport ambigu à l’image de la femme

Comme le vêtement traduit un mode de vie et un état de la société à un moment donné, l’exposition évoque les tenues de deuil. Le conflit ayant fait 600.000 veuves de guerre, mais également des veuves blanches, ces jeunes filles fiancées à des soldats tombés pour la France. Alors qu’elles se doivent de porter le deuil pendant une longue période, l’élégance du vêtement noir donne une image ambiguë des veuves que l’on dit joyeuses, entre vanité de la coquette et douleur de la perte de l’être cher. La presse de l’époque, notamment les journaux satiriques, véhicule une image frivole des femmes, une masculinisation menaçante, à l’image de cette citation relevée dans l’exposition :
« Comme c’est long la guerre, bien moins long qu’un essayage… »
Mode et femme 14/18 mêle habilement Histoire et histoire du vêtement, à travers l’avènement d’une société moderne où la femme occupe une place qui ne se limite plus aux tâches domestiques. Les documents sont variés, qu’il s’agissent de photographies, de tenues, de catalogues des grands magasins (du Bon Marché ou de feu la Samaritaine), illustrations de journaux (celles signées Etienne-Adrien Drian, belles et vivantes).
M. B.

Mode et femmes 14/18

Mode femmes 14/18 à la bibliothèque ForneyDu 28 février au 18 juin 2017

Scénographie : Anne Gratadour. Graphisme : Jeff Gaudinet

Où ? – à la bibliothèque Forney
1, rue du Figuier, Paris 4e
Tél. : 01 42 78 14 60 / métro : Saint-Paul ou Pont-Marie

Quand ? – du mardi au samedi, de 13h à 19h / Entrée libre

Visite commentée gratuite chaque samedi à 15h : sur réservation au 01 72 63 40 89 ou justine.perrichon[at]paris.fr

 

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2 réflexions sur “Mode & Femmes 14/18, vous avez dit libération de la femme ?

  1. L’exposition à l’air vraiment intéressante ça me donne envie d’aller un faire tour c’est dommage que se soit aussi loin de chez moi… J’ai jusqu’en juin pour y aller faudra m’organiser l’exposition en vaut la peine

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